Us et Costumes
N°24
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Le Journal de la Fédération
Nationale du folklore Français
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MARIÉES
DE BRETAGNE
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Comme dans la plupart
des provinces de France, le costume de mariée en Bretagne suit la
mode traditionnelle : il s'agit le plus souvent du costume de
fête, agrémenté d'accessoires particuliers à la cérémonie
nuptiale. La coiffe elle-même n'est que rarement différente de
celle des occasions moins solennelles ; elle est seulement plus
ornée, plus riche. La broderie en pouvait être particulière
(nombre de fleurs brodées, par exemple), mais même cela était
loin d'être la règle. |
- Aujourd'hui, la tenue de
mariée ne sert qu'une seule fois. Il n'en allait pas de même
auparavant : "lever un costume", surtout de noce,
demandait un tel effort financier qu'il était inconcevable de
ne pas pourvoir "rentabiliser" l'habit par la suite.
Porteur de nombreux indicateurs sociaux, il devenait alors la
"bannière" familiale, celle qui rappelait à tous
le rang, la richesse et l'honneur de la famille. Il était
ainsi régulièrement ressorti pour les grandes occasions, en
particulier lors des pardons, fêtes religieuses locales
majeures où il convenait de faire honneur non seulement au
saint vénéré ce jour-là mais aussi (et surtout ?) à sa
paroisse et à sa famille, dont on arborait fièrement les
couleurs.
- Ce n'est qu'après la
naissance des premiers enfants que ce costume s'endormait
quasi définitivement. La coiffe pourrait servir une ultime
fois, pour parer sa propriétaire pour le dernier voyage.
- Il était rare que le
costume se passe de mère en fille, pour une raison assez
simple : la fille ne pouvait porter un costume ou une coiffe
passés de mode. L'honneur de la famille en eut pris un coup !
Au pire, on retaillait l'ancien costume pour le mettre au
goût du jour mais jamais une jeune mariée n'aurait arboré
le costume porté par sa mère tel quel.
- Dans les derniers temps
de la tradition vestimentaire, c'est à dire vers 1930-1945,
on a vu quelques costumes blancs (ivoire, plutôt), comme
"à la ville". Ce fut une mode éphémère et
caractéristique d'une désaffection du costume : on se
mariait alors encore en "bretonne" mais coiffe et
costume étaient ensuite généralement abandonnés. Il
s'agissait en somme d'une transition entre la tradition et la
mode citadine. Non que les costumes blancs aient été
totalement inconnus en Bretagne mais ils n'étaient pas
d'usage pour la noce, ils servaient plutôt pour la première
communion. A Quimper, au milieu du XIXe siècle, la mariée
changeait trois fois de costume et seul celui du deuxième
jour était blanc, celui du premier jour, celui de la
cérémonie, était d'un rouge éclatant !
- Ce qui marque l'état de
mariée est donc constitué d'éléments amovibles. Ce sont
des parures de tête, de cou, de taille et, plus tard, de
main.
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La tête est parée d'une couronne (cercle) ou d'un
diadème (demi-cercle). Il peut s'en échapper des brins ou
rubans retombant dans le dos, généralement deux.
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Sur les épaules et autour du cou, une guirlande de
fleurs descendait rejoindre la taille.
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A la taille ou au corsage, un bouquet était
piqué, d'où tombait une guirlande jusqu'au bas du tablier.
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Les derniers temps de la tradition ont vu
l'apparition du bouquet, porté à la main.
Selon les régions,
selon les époques, ces différents éléments se combinaient en
une infinité de possibilités différentes.
Ce sont ces fleurs,
souvent des fleurs d'oranger en cire, qui manifestaient la
qualité de la jeune mariée, sa virginité (et donc son
honorabilité…). Mais là encore, le blanc n'est pas exclusif :
la couronne de mariée de Châteaulin est certes à dominante
blanche mais elle comporte aussi des fleurs , des perles, des
rubans de couleur (voir ci-dessous).
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Mariée de Châteaulin (Finistère)
époque 1890-1900
- Le
costume de base se compose d’une jupe et d’un corsage
agrémentés de velours, d’un tablier, d’une pièce de
poitrine appelé « croisé », d’un col rond, d’une
coiffe à ailes relevées et maintenues rigides par une
paille.
- Pour le mariage, cette
base s’enrichit et s’agrémente d’éléments festifs
particuliers.
- Le tablier est clair,
souvent de moire ou de satin broché, orné de dentelle noire,
crème ou blanche, avec éventuellement des ornements de jais
ou des nœuds de rubans.
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- Les manches s’ornent
de manchettes doubles (noires sur blanches) et d’ornements
en perles de jais, le croisé devient blanc et se couvre de
fleurs et de plumes de cygne de même qu’une couronne (la
« cocarde ») entoure la coiffe dont les ailes se
font plus larges. Un bouquet s’accroche à la ceinture,
duquel tombe une guirlande jusqu’au bas du tablier. Enfin
des bijoux comme une chaîne de montre peuvent terminer la
parure et les mains se cachent dans des gants de dentelle
blanche au crochet.
- Ce costume sera à nouveau porté (mais sans le bouquet de
corsage) lors des grandes cérémonies, en particulier lorsqu’une
femme est désignée pour porter une statue ou une bannière
lors d’un pardon (procession).
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- Mariée de la
Presquîle de Rhuys (Sarzeau) – époque 1910-1920
- Composé d’une robe de
drap dont la jupe et les larges manches sont garnies de
velours, d’un tablier ample à petit devantier, d’un
mouchoir de cou et d’une guimpe, ainsi que d’une coiffe
posée sur un bourrelet de velours recouvert d’une résille
de dentelle, ce costume s’éclaircit et s’enrichit pour le
mariage.
- Le tablier de velours est brodé au fil de soie, les
manchettes et la guimpe sont brodées sur tulle, la résille
est réalisée au crochet. Le mouchoir de cou, noir et en
velours sur la semaine devient blanc en dentelle ou en tulle
brodé ou encore en dentelle d’Irlande pour le mariage. La
plupart de ces pièces sont réalisées à la main (Ici, seul
le mouchoir de cou ne l'est pas).
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- La cérémonie nuptiale se marque spécifiquement par une
couronne et un bouquet de corsage ainsi que par les ailes
débrassées de la coiffe, ailes habituellement épinglées
sur le fond. Les ailes débrassées sont un signe cérémoniel
fort : elles sont disposées ainsi pour les cérémonies
religieuses importantes (mariage, deuil), comme si les ailes
relevées étaient jugées immodestes en de telles
circonstances (à noter qu'à Châteaulin, cette façon de
faire n'est utilisée que pour le deuil).
- Ici aussi, la tenue se complète par des gants de dentelle
et des bijoux comme la chaîne de montre ou le cœur de cou
monté sur un ruban de velours noir.
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- Costume de mariée du Pays
Bigouden
- (Pont-l’Abbé)
– époque 1945
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- Il se compose d’une jupe en velours, d’un tablier
enveloppant, d’un corsage à deux pans croisés sur la
poitrine, et d’une coiffe elle-même composée d’un
bonnet de cheveux sur lequel tout est échafaudé : le
dalet, la coiffe et les lacets. Montage compliqué,
savant et périlleux : il faut que l’ensemble soit
solidement arrimé pour résister au vent qui balaie
habituellement le Pays Bigouden !
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| Le costume de mariage est un costume de
cérémonie (tablier clair, souvent blanc, gilet brodé et coiffe
ajourée) auquel on ajoute certains signes particuliers au jour
des noces : du duvet de cygne autour du gilet et au bas du
tablier, un diadème de fleurs et une cocarde de satin blanc
perlé ou brodé que l’on pique derrière l’oreille gauche,
côté qu’occupera le nœud des lacets après le mariage. Cette
cocarde ne sera portée que ce jour-là. Elle pourra servir
ensuite à confectionner les rubans du bonnet du premier-né. |
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Les broderies du gilet étaient réalisées par des
brodeurs professionnels. Seules les femmes les plus riches
pouvaient en faire la coûteuse acquisition. L'artiste-artisan
était alors hébergé chez sa cliente durant toute la
réalisation de ce qui se devait d’être un chef-d’œuvre !
D’ailleurs, le brodeur avait l’habitude de laisser l’aiguille
dont il s’était servi
piquée quelque part dans l’ouvrage pour signifier que cette
aiguille ne servirait plus jamais. |
- Chaque motif de broderie a une signification : chaîne
de vie, planète, plume de paon (emblème du Pays Bigouden –
ici, sur les manches),corne de bélier, etc. Autant d’indications
sur l’état de la personne, son caractère, son métier,
voire ses ambitions ! De même, la couleur déterminait
la qualité de l'ouvrage : la couleur la plus prisée (et la
plus chère…) était le jaune éclatant, comme ici, mais on
trouvait aussi de l'orange vif et du rouge. Ce dernier était
souvent jugé plus masculin.
- Ces broderies, formant une carapace dorée, sont uniques en
Bretagne. De fait, elles ont depuis longtemps tellement
impressionné qu'on leur a trouvé une origine tantôt
exotique tantôt antique. En réalité, leur évolution
radicale et originale a fait oublier des origines communes
avec les broderies des terroirs voisins restées plus proches
des modèles véhiculés par les revues de mode citadines. A
Quimper, on brode des fleurs "Louis XVI" alors qu'à
Pont-l'Abbé, on voit fleurir ces volutes et ces plumes de
paon si caractéristiques.
- Ces trois costumes de mariée
proviennent tous de Basse Bretagne : deux de
Cornouaille (Châteaulin et Pont-l'Abbé) et un du Morbihan
(Presqu'île de Rhuys). Chronologiquement successifs, ils sont
l'expression d'une esthétique paysanne sûre d'elle-même,
soucieuse d'une certaine décence, ancrée dans la tradition,
mais avide néanmoins de sacrifier à la mode et d'aller de
l'avant.
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Vincent Roussel
(janvier
2003)
Cercle
Celtique LABOUR HA KAN
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